Arrestation musclée d’un journaliste à Cosa: Yamoussa Cheick détenu plus de 4 heures « sans motif » à l’Éco 18
Yamoussa Cheick Camara, journaliste à Siaminfos.com du groupe Cavi médias, a été interpellé à l’aube devant son domicile à Cosa, lors d’une opération de déguerpissement menée par la gendarmerie. Malgré sa qualité de professionnel de médias et l’absence de tout acte répréhensible, il a été déchaussé, placé au violon puis transféré sans fondement légal. Retour sur une détention arbitraire qui interroge le respect des libertés fondamentales.
Il était un peu plus de 5 heures du matin, ce mardi, 28 avril 2025, quand Yamoussa Cheick Camara est réveillé par des bruits inhabituels dans son quartier de Cosa, en banlieue de Conakry. Curieux, il ouvre sa porte et se tient sur le seuil de sa maison, sans appareil, sans téléphone en main, juste pour comprendre l’agitation matinale. Devant lui, une opération d’ampleur : plusieurs pick-up de la gendarmerie ECO 18 procèdent à l’expulsion d’une famille voisine, les Soumah, dans le cadre d’un conflit domanial.
« Je ne filmais pas, je ne prenais aucune photo. En tant que citoyen, j’observais simplement ce qui se passait devant chez moi », raconte-t-il encore sous le choc.
Mais cette simple présence lui vaut d’être rapidement pris pour cible. Un agent s’approche, lui demande s’il est « avec eux ». Réponse négative. On lui somme de justifier sa présence. « Je suis devant ma maison », explique-t-il. Peu après, sur ordre du chef de mission, c’est la décision de l’embarquer.
Yamoussa Cheick Camara sort alors sa carte de presse et se présente comme journaliste. En vain. « On m’a répondu que cela n’avait aucune importance », confie-t-il. Il est alors forcé de monter dans un véhicule, direction la gendarmerie ECO 18. Là, nouveau rappel de sa profession et de son absence d’implication. Silence des gendarmes.
Tentant d’alerter sa hiérarchie, un agent lui arrache brutalement le téléphone des mains. Le chef de mission ordonne aussitôt son placement au « violon », cellule de garde à vue après lui avoir retiré ses chaussures. Il y reste environ une heure, avant d’être transféré à l’escadron mobile n°4 de Matoto.
C’est là que le sort bascule légèrement. Le chef de poste, informé qu’il s’agit d’un journaliste, alerte le commandant de l’escadron, le colonel Sadjo. Ce dernier ordonne une audition. Durant celle-ci, on interroge longuement Yamoussa sur d’éventuelles photos ou vidéos. « J’ai répété que je n’avais rien pris du tout, que j’étais simplement sorti réveillé par le bruit, en citoyen », précise-t-il.
Malgré ses dénégations, il reste enfermé plus de quatre heures au total, sans aucun mandat, ni charge retenue contre lui. Sa libération n’interviendra qu’après l’intervention directe de sa direction, avec M. Aboubacar Camara, directeur général et président de l’URTELGUI (Union des radios diffusions et télévisions libres de Guinée).
Pour le journaliste, cette arrestation porte la marque d’un traitement discriminant : « Dès que je me suis présenté comme journaliste, j’ai eu l’impression que cela a joué en ma défaveur, comme si j’étais automatiquement suspect de filmer ou d’enquêter. »
Il dénonce avec fermeté une attitude inacceptable des forces de l’ordre, qui semblent ignorer les droits les plus élémentaires : « Rien n’interdit à un citoyen d’observer une scène publique, surtout lorsqu’elle se déroule devant son domicile. Cette situation aurait pu arriver à n’importe qui. »
Au-delà de son cas personnel, Yamoussa Cheick Camara appelle au respect des libertés fondamentales et rappelle que le rôle d’un journaliste n’est pas un délit pas plus que celui d’un simple riverain. Ses responsables hiérarchiques, joints par téléphone, ont confirmé l’intervention en urgence pour obtenir sa libération, sans que la gendarmerie ne fournisse jusqu’ici de motif Officiel à cette garde à vue.
Bah Mohamed pour Siaminfos.com
