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Yamoussa Bangoura du SAJED : « La Guinée n’est pas seulement une zone de consommation de la drogue, elle est également une zone de transit…» (interview)

La consommation de la drogue par de nombreux jeunes reste un phénomène qui est loin de connaître son épilogue en Guinée. En effet, malgré les conséquences néfastes sur la santé de ces derniers, ils restent accros à cette substance. Bien qu’il manque aujourd’hui de moyens adéquats, il existe néanmoins un Centre d’aide aux jeunes en situation difficile par la drogue (SAJED-GUINÉE). Au sortir de l’émission ‘’Cavi Konkoré’’ sur Cavi FM et Cavi TV ce jeudi, 27 juillet 2023, le coordinateur national dudit centre nous a accordé une interview exclusive.

Yamoussa Bangoura, par ailleurs vice-président du Conseil national des organisations de la société civile guinéenne (CNOSCG), a livré les statistiques de son centre, les difficultés qu’il traverse et bien d’autres sujets liés à la lutte contre cette substance nuisible en Guinée.

Siaminfos.com : A date, quelles sont les statistiques à votre disposition en termes de jeunes accros à la drogue dont votre service a eu à traiter ?

Yamoussa Bangoura : Sur 280 jeunes consommateurs, nous avons pu démanteler 70 femmes et de consommateurs différents. Le tableau a montré que le plus grand nombre de consommateurs, c’est le cannabis ensuite viennent les autres drogues. De jour en jour, nous recevons des gens déjà trempés dans la consommation de la drogue qui sont dépendants de la drogue, qui a des effets néfastes sur leur santé physique et psychologique. Lors de notre voyage à Abuja, nous avons visité un centre pareil. De retour en Guinée, on mis ce centre en place. On a réfléchi tout en mettant en place un groupe de psychiatres, de sociologues, de laborantins, de chimistes et des acteurs de la société civile. C’est pourquoi depuis 2019, nous avons mis ce centre en place qui a pu aider environ 250 jeunes qui étaient dans la situation difficile en Guinée. Certains viennent dans un état de dépression mentale très poussé, d’autres viennent avec la dépendance de la drogue, certains sont venus parce qu’ils sont devenus des perturbateurs au niveau de leurs familles, dans les établissements. Bref, au sein de leur société, ils constituent une menace pour la vie des autres.

Dites-nous quels types de services sont fourmis aux patients par votre centre ?

Notre centre est situé à Dapompa, dans la commune de Matoto. Le centre aujourd’hui a dix lits, nous apportons vraiment des soins adéquats aux malades. Alors, ceux qui veulent y aller, nous leur rassurons que pouvons leur apporter des soins adéquats. Premièrement, c’est le niveau prévention, information et sensibilisation. Deuxièmement, c’est le traitement adéquat. Quand l’intéressé vient, on le soumet à un prélèvement de sang pour connaître réellement quel type de drogue il a consommé pour pouvoir prendre des dispositions pour le traiter. Troisièmement, c’est le niveau réinsertion. Quand l’intéressé est traité, il faut lui trouver une occupation, soit une activité, soit le réinsérer dans la société. Quatrièmement, c’est le niveau répression et là ont doit travailler avec les services de répression pour pouvoir définir les actions et les stratégies pour pouvoir atténuer la consommation de la drogue et les trafiquants de drogue en Guinée.

Est-ce que vous disposez aujourd’hui de moyens adéquats pouvant vous permettre de faire convenable votre travail ?

Nos moyens sont limités, nous intervenons sur trois piliers. La prévention, les actions de sensibilisation de prévention et de traitement. Nous recevons les malades, nous leur apportons des soins adéquats et troisièmement c’est la réinsertion socioprofessionnelle. Nous avons aujourd’hui un partenariat avec une université de la place pour former les jeunes en psychosocial. Nos moyens sont limités parce que nous voulons que ce centre soit un centre à dimension sous régionale où la formation, la spécialisation et la recherche se passent. En Guinée aujourd’hui, nous avons deux centres de prise en charge publique : un à Conakry et l’autre à N’Zérékoré. La demande est trop forte, il y a beaucoup plus de consommateurs. Notre difficulté majeure, c’est le manque que moyens. Deuxièmement, c’est le manque de synergie d’action entre les acteurs de répression et nous, mais aussi d’autres acteurs de prévention. Les instituts qui existent au niveau de l’État, ils ont les moyens. Normalement, ils doivent nous appuyer. Nous nous sommes allés vers eux pour que nous puissions développer des actions parce que la lutte contre la drogue est pluri acteur et disciplinaire. La troisième difficulté que nous avons, c’est la législation à la matière. Nous avons une législation qui date depuis, qu’il faut retravailler et l’adapter au contexte actuel. Il y a les nouvelles drogues qui apparaissent. Il y a le tramadol qui n’était pas consommé par les jeunes, le Kush qui vient d’arriver, l’héroïne ainsi de suite. La drogue a atteint un niveau inquiétant. Donc, il faut une action de mobilisation de l’ensemble des acteurs. Les parents ont leurs responsabilités, les jeunes doivent faire une prise de conscience. Quatrièmement, l’inquiétude que nous avons, les autorités font la répression alors que nous devons avoir un regard sur les moyens de répression. La lutte contre le Kush par exemple, la descente musclée est bonne, mais il y a une technique qu’il faut vraiment développer pour pouvoir comprendre ces personnes là. Si vous prenez par exemple un drogué et le foutre directement en prison, il faut une injonction thérapeutique qu’on doit intégrer dans le processus de répression. La drogue est consommée à la maison centrale parce que les gens ne bénéficient pas d’une prise en charge. Même s’ils sont à la maison centrale, ils doivent suivre le traitement pour leur permettre d’être utiles après. C’est un lieu de rééducation, mais pas seulement de détention. Nous nous voulons vraiment nous investir dans ça mais nos moyens sont limités pour la mise en œuvre de notre plan d’action.

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Quel appel avez-vous à lancer à l’endroit de tous les acteurs pour que la lutte contre la drogue porte fruits en Guinée ?

L’appel que nous pouvons lancer aux jeunes, c’est de comprendre que celui qui consomme la drogue a un avenir incertain. La porte d’entrée de la drogue c’est la cigarette. Ceux qui consommaient de la drogue à l’école primaire, beaucoup n’ont pas pu poursuivre leurs études et c’était les grands perturbateurs de l’établissement. Donc, les parents doivent prendre leurs responsabilités pour surveiller leurs enfants. Les compagnons des enfants sont les premiers à les pousser à se droguer. La Guinée n’est pas seulement une zone de consommation de la drogue, elle est également une zone de transit de la drogue. La drogue quitte le Brésil, vient en Guinée et quitte pour d’autres pays. Donc, nous devons prendre ce combat à bras le corps pour pouvoir atténuer ou réduire ou dissuader les trafiquants et consommateurs de drogue dans nos familles, ménages. La drogue n’est pas bonne, elle vous conduit à une dépression mentale. A nous les jeunes de prendre notre responsabilité pour un avenir meilleur.

 

Interview réalisée par Mohamed Lamine Souaré pour Siaminfos.com

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